L'Etre, la Bête, les hommes
Voici le temps de la danse. Autour d'un feu, sous les étoiles, sur un cadavre autour d'un bûcher, mes amis, dansons avec les fous. Dansons, dansons jusqu'à ce que le souffle nous manque, jusqu'à ce que l'aube pointe le bout de son ongle doré. Buvez, n'ayez crainte, faites descendre dans vos gosiers les liqueurs enivrantes dont le diable ce soir nous a fait présent. Laissez la chaleur vous montez à la tête, appréciez le flou du paysage que vous découvrez, tendez tout vos muscles pour les préparer à bondir dès que la musique retentira.
Ô douce musique, ô par quelle magie, par quelle extase arrives-tu à nous sceller à toi ? Sans doute aussi diabolique que ton père, ne t'arrêtes pas ! L'énergie ne doit pas partir, la folie est proche, mais c'est ça qui donne à nos jambes leurs entrains, qui donne à nos corps leurs souplesses, qui donne à nos esprits leurs ivresses, qui donne à nos âmes leur raison d'être. Je t'en prie continue à chanter pour toi, tu rigoles, tu chutes, tu te rendors.
Debout, debout ! La danse n'est pas finie, elle ne s'arrêtera que quand l'Etre le voudra, elle ne s'éteindra que quand tout les traîtres sortiront de leur tombe et partiront à la conquête de nos villes, de nos maisons, de nos femmes et enfants, de nos richesses, de notre sang et de notre ivresse. Apre odeur humaine, palais desséchés, jambes endoloris d'avoir trop dansé.
Constituons un bûcher de ces cadavres étalés comme des haillons sur un vieillard agonisant. Allumez le feu, faites une ronde et celui qui danse vivra, les autres mourront. Tiens, voilà que Dame Tricherie apparaît. Oui c'est bien elle dans sa robe aux étoiles dorées. Vision enchantresse, voix prenante. Elle s'avance parmi nous et à sa vue certains faiblissent tandis que d'autres deviennent plus forts, tandis que d'autres savourent une liberté qu'ils n'auraient jamais pensé trouver, tandis que leurs sangs chauffent et bouillonnent, tandis qu'ils s'élèvent vers un plaisir inconnu à nos sens, tandis que nous nous faiblissons, que nous nous sentons pourriture, que la Belle Faucheuse nous apparaît plus terrible que jamais, tandis que nous, nous regardons avec effroi ce bûcher autour duquel nous dansons encore et qui bientôt sera notre unique sépulture. Nous, nous qui avons dansé avec l'honneur de ne pas consommer l'herbe qui pousse à nos pieds......................................
Enfin mes amis, à cet instant nous pouvons rire. C'est officiel, nous sommes les élus. Ils ont péri, nous voilà les seuls traîtres, maîtres (pardon) encore debout. Nous avons dansé mais le jour n'est pas encore levé. L'ordre est ainsi le bûcher étire toujours ses flammes vers l'astre lunaire. Nous nous sommes débarassés des faibles mais cela ne fait pas de nous des forts. [Il avait bien raison]. Car les forts n'existent pas, seul l'Etre existe. Seul l'Etre peut oser la prétention de se dire fort. Vous, vous n'êtes que des fous qui obéissent tels des chiots aveugles à celui qui saura vous dire combien vous êtes misérables...vous ne savez que danser. Danser tels les humains qui soupirent. Vous croyez tout savoir, vous croyez même savoir mieux que. Vous croyez que les faibles sont condamnés à périr, que seuls les plus habiles pourront survivre. Et si vous saviez, si vous saviez à quel point vous êtes dans le droit chemin. Loin de vous éloigner de celui que les hommes nomment Dieu, vous avancez sur le chemin de la lumière divine.
Comment tu ne le vois pas ? Le bout du tunnel à l'halo blanc. C'est pourtant vers lui que vous vous dirigez. Oui mes nobles monstres, vous nous éblouissez, oui vous avez compris beaucoup de chose et vous en ignorez tellement. Mes braves fous c'est à moi que vous appartenez, à moi et pas aux autres car je suis le seul capable de vous aimer pour ce que vous êtes. J'ai percé de mes yeux votre carapace hypocrite. Somptueuse carapace, jamais animal ne su en construire de pareille. Mais j'y ai vu une faille où j'ai glissé ma flèche. Mes braves fous, moi aussi je vous aime. Je vous aime car vous n'avez pas peur. Car même dans la tricherie vous êtes honnêtes, car même dans le malheur vous êtes heureux, car même dans la haine vous savez aimer, car dans les larmes vous savez rire, car dans la mort vous savez vivre. Mes fous, vous êtes mes amis, votre faille. Je me dois en cadeau de vous la révéler. Car toute la nuit vous avez dansé, sans relâche, avec la vivacité prise aux morts, vous n'avez qu'à un seul instant cessé. Mais bientôt vous pourrez vous allonger. Bientôt celui qu'on ne peut regarder en face sans manquer d'abîmer irrémédiablement notre rétine, sera à la pleine disposition de sa force, bientôt, tout de suite votre supplice touchera à sa fin. Mes amis voilà cette faille que vous avez su contourner pour retourner à vos instincts animaliers. Mes amis, aujourd'hui je vous l'annonce, car le jour est levé, cette nuit, c'est votre conscience que vous avez vendu.
Et alors que la danse aura cessé, comme un murmure je m'approcherais de l'Etre et d'un baiser passionné j'aspirerais la vie qu'il a prise aux autres. Il s'étalera sur le sol, avec la force acquise je l'enverrais là-bas dans le fossé, Ethanael reviendra alors vers moi, dans mon ventre sa lancée s'arrêtera et mon cadavre perdra son dernier souffle de vie au coté de celui que par amour, j'ai détruit.
écrit en: 04/07
pix: Bot, IRL Psy 06/08