Tous les étés c'est la même chose. Ma peau est bronzée, des marques blanches correspondant aux morceaux de tissus de maillot de bain apparaissent. Mon corps se couvre de piqures de moustiques, par endroit la peau pèle et s'effrite. Alors on essaye de reprendre tout cela en main. On ne gratte ni les piqures, ni la peau. On l'hydrate, la protège, le minimum quoi. On se lave les cheveux avec différents produits adaptés, on essaye de paraître encore un peu femme. Le soir on se maquille, on essaye de trouver quelques fringues jolies. Mais il y a des choses qui disparaissent moins vite que le vernis à ongle par un dissolvant. Il y a ces bleus. Sur mes jambes, un peu sur mes bras. Beaucoup de bleus. On m'interroge dessus, on s'en étonne, cela fait réagir. Alors j'essaye de les dissimuler un peu. Je ne porte plus mon short favori. Il y a aussi quelques égratignures, un peu plus discrètes. Et puis il y a le visage. Des petits yeux bleus ternes, un peu rouges et toutes les cernes. Heureusement il y a le maquillage, et le sourire. Mais les bleus, je ne peux pas les maquiller. C'est eux que je ne supporte pas. Parce que c'est le corps qui se trahit tout seul, qui me trahit. Il me dit « regarde, il y a eu excès, alcool, fatigue » A moi, il n'a pas besoin de le dire, je le sais. Alors pourquoi s'obstine-t-il à le montrer aux autres ? Je vais bien, je n'ai besoin ni d'aide, ni de secours. Et puis c'est tenace, ça reste longtemps et au bout d'un moment je n'ai plus envie de les dissimuler, parce que ce qu'est mon corps n'est pas ce qu'est mon esprit. Et puis je n'aime pas les questions.Tu sais je n'aime pas beaucoup ça. J'ai été obligé de faire attention. J'ai sorti les robes, les jupes, longues, un peu moins courtes. J'ai remis du maquillage sur mes yeux, soigné mes cheveux. J'ai mi de la crème achetée en pharmacie, une crème spéciale. Je me suis couchée plus tôt, j'ai cherché des subterfuges alors que je ne rêvais que de short, de naturel et d'insouciance. J'ai réessayé de me faire belle. Il faut dire qu'aux cotés des naïades sur la plage et au camp, je fais pâle figure, un peu vilain petit canard. Mais je m'en fichais. Ce dont je ne me fichais pas en revanche c'était ces bleus, ces règles, ce sang qui coule, ce noir, que plusieurs passages d'un coton démaquillant ne suffit pas à enlever. Parce que je suis heureuse, bien, et que tous les étés c'est le même cirque. Je mange plus, dors moins, je fume des substances licites ou non, je bois...régulièrement, souvent même. Je me baigne dans l'eau salée tiède et bonne souvent, froide parfois. J'ai réussi à attraper froid. La sueur dégouline de mon corps sous le soleil de la plage et le soir mes muscles grelottent sous la saveur de la température qui règne au milieu de la nuit. Je vernis mes pieds de noir, mais dès que je marche ils se couvrent de poussière rouge ou de sable noir. Je suis au calme et un sursaut d'énergie m'envahit. Energie destructrice, tout ça pour aller nager un peu, boire quelques verres, faire une ballade accidentée. Je suis heureuse avec mon ê. je suis avec des gens que j'apprécie, mais parfois le corps sursaute et se rend auprès d'un autre. Sans rien dire, sans rien faire. Sans toucher, ni murmurer. Juste être près d'une personne, se sentir là, entouré, et savoir qu'il ne peut y avoir davantage, alors que l'âme dans cet espace de détente et de liberté n'attend que la venue de l'être, de son être, contre lequel elle pourrait aller se blottir, ê. Qui ne viendra jamais. J'ai voulu redevenir belle pour moi. Ou du moins présentable, pour ne plus mentir. Je ne savais pas que c'était si difficile de prendre soin de soi ? Je ne savais pas que mon corps pouvait à ce point violenter mon âme et qu'il pourrait même venir la rattraper. Je ne savais pas, ou plutôt si, je l'ai expérimenté, découverts. Que la douceur de crier pouvait aller avec la violence de vivre. Cette oscillation permanente qui ne dure qu'un temps. Oui le temps passe vite. Cette passerelle de temps qui ne dure que 4 semaines par an, d'un quotidien rempli de mini défi à franchir, de défis qui ne représentent rien d'autre qu'apprendre à vivre une nouvelle vie. C'est un quotidien et je l'aime, oui je ne voudrais pas y renoncer, parce que tout cela s'accompagne de tant de bons moments et de bons cotés. C'est juste que parfois je suis fatiguée et que même une bonne nuit de sommeil ne peut suffire à tout effacer.
Ce n'est pas grave, j'ai toute l'année pour me reposer de cet entre deux temps.
1er texte, date: 23 juillet 09
2è texte, date: 30 juillet 09
Pix: couché de soleil à NDM par moi.